26.01.2008
Le temps des colos
A 14 ans, finies les vacances chez ma grand-mère, à la campagne, il fallait que je mette au diapason, et que je parte en colonie de vacances...
Je peux bien l'avouer, maintenant, ma première expérience à la colo, fut très difficile : je n'avais jamais quitté la famille, et je me sentais seule au milieu de tous ces enfants. J'ai souvent eu le coeur lourd et la gorge serrée...
Et puis, comme on dit si bien, on s'habitue à tout, et je me suis habituée bien sûr.
Cette expérience a eu lieu, dans une région que je connaissais, malgré tout, puisque c'était à Evreux.
Je n'ai que peu de souvenirs de ces vacances. Mais je me rappelle des promenades dans les bois autour du Collège Saint François, puisque c'était là notre refuge. Nous faisions également des sorties sur les bords de l'Iton, cette charmante petite rivière qui traverse la ville d'Evreux.
Cette année là, la colonie était mixte, et nos moniteurs et monitrices organisaient des grandes veillées où tous les enfants participaient par des chants, des danses, des jeux... etc.

Sur la photo, je suis la deuxième en partant de la gauche et j'étais déguisée en Belle au Bois Dormant...
Finalement c'était bien sympathique, et j'y ai passé de bonnes vacances...
L'année suivante, pas question de renoncer à la colo... c'était passé dans les habitudes, ce n'était pas la peine de discuter...
Cette fois, c'est la région d'Orléans qui avait été choisie, Olivet très exactement... J'ai également de bons souvenirs de ce séjour, avec des monitrices dynamiques et des copines sympas. Et puis des jeux de piste étaient organisés pour nous, et nous faisions de jolies balades dans les alentours... et puis toujours les veillées, les jeux, les danses et les chants, des ateliers où l'on pouvait apprendre la pyrogravure, fabriquer des paniers en rotin et bien d'autres activités...
16 ans ! Cette fois je pensais que ce serait ma dernière année de colo, bientôt je n'aurais plus l'âge... et pour cette dernière, le séjour se passait de nouveau à Evreux, mais sans les garçons cette fois. Notre monitrice était un peu inconsciente : elle nous laissait se promener sans surveillance, en ville, pendant qu'elle se faisait conter fleurette par un copain...mais nous étions très sages, et nous nous contentions de flâner dans les rues d'Evreux....ou dans les magasins...
Je me croyais libérée de la colo. Et bien non !
Le Directeur du centre m'a proposé une place d'aide-monitrice pour le prochain été... et j'ai dit oui. Aide- monitrice cela signifiait que j'étais chargée d'une équipe d'enfants, mais compte tenu de mon "jeune âge", je devais toujours sortir avec une monitrice en titre.
J'ai donc préparé mes bagages en prévision du départ à Bressuire, dans les Deux-Sèvres. Cette fois, découverte d'une nouvelle région...super !
Et je me suis retrouvée avec mon équipe de fillettes d'une douzaine d'année et nous avons passé de très bonnes vacances, il me semble.

L'année suivante, j'ai réitéré l'expérience à Bressuire, mais cette fois j'étais vraiment monitrice et qui plus est, j'ai retrouvé, en partie, mes fillettes de l'année précédente... une grande joie... bien sûr !
Et puis, voilà, mes études étaient terminées, il a fallut passer au monde du travail, finies les vacances à rallonge... et fini le temps des colonies de vacances !
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25.01.2008
Mes souvenirs de vacances à la campagne (suite)
Ma grand-mère était très pointilleuse sur la correspondance, et régulièrement elle me faisait faire du courrier, il ne fallait oublier personne, les parents, les grands-parents, les oncles, les tantes ...
Et puis, il y avait dans sa bibliothèque des livres qu'elle m'autorisait à lire. C'est là que j'ai découvert :"Ces dames au chapeau vert" ou "La soeur de Gribouille" entre autre.
Parfois Madame Lomme nous rendait visite.
C'était une charmante vieille dame qui me paraissait un peu excentrique et même un peu fofolle... Elle déambulait dans la rue, coiffée d'un antique béret qui n'avait plus de couleur, ou d'un chapeau de paille à grand bord, les jours de grand soleil.
Mais elle était très gentille et généreuse.
Souvent, quand elle venait, elle nous apportait du cidre de sa fabrication ou des pots de confiture qu'elle confectionnait.
Je me souviens d'un jour où nous terminions notre repas de midi, et justement nous n'avions plus de cidre. Yves s'est mis à dire dire "ça s'rait bien que Madame Lomme nous amène du cidre". Quelques moments plus tard, la sonnette de la porte de la rue s'est mise à sonner : c'était Madame Lomme qui nous apportait des bouteilles de cidre.
A croire qu'elle avait entendu notre souhait.
La brave dame vivait toute seule, et elle avait pris l'habitude de se coucher très tôt, et de se lever à l'aurore.
Un soir d'été où elle s'était couchée comme à l'habitude, elle a été réveillée pour une raison inconnue. En voyant le ciel rougissant du coucher de soleil, elle a cru être le matin. Elle s'est vite préparée pour aller chercher son lait à la ferme Louis. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver toute la maisonnée attablée pour le souper, et toute effarée de voir une cliente à cette heure là !
Il y avait aussi les rituelles promenades au cimetière. Ma grand-mère m'y emmenait sur la tombe de mon père, et on y nettoyait les quelques mauvaises herbes. Une fois en période d'ouverture de chasse, nous étions parties faire notre promenade au cimetière, et qu'elle ne fût pas notre surprise de voir un lièvre sauter de tombe en tombe, en essayant manifestement d'échappper aux chasseurs qui le cernaient... Par dessus le mur, l'un d'eux demanda si par hasard, on n'avait pas vu un lièvre dans les parages, et ma grand-mère s'est empressée de répondre que non.
On lui avait sauvé la vie, mais peut-être pas pour longtemps.
Monsieur Brunerie était le garde-chasse, à cette époque, et le voisin de ma grand-mère. Il mettait ses moutons à brouter dans le champ de ma grand-mère. Finalement c'était une bonne tondeuse et pas onéreuse du tout. Un jour, en remerciement sans doute, il nous avait amené du lièvre et de la perdrix qu'il avait cuisinés. On s'était bien régalé.
Je restais assez tard dans la saison à Coudres, et je pouvais y observer les prémices de l'automne : les hirondelles qui se regroupaient sur les fils électriques de la rue, les feuilles qui se paraient de belles couleurs, la
découverte de noisettes dans les noisetiers, les soirées qui devenaient de plus en plus fraîches... tout cela était le signe que les vacances se terminaient et qu'il faudrait bientôt songer à reprendre le chemin de la capitale.
Mais que de souvenirs emmagasinés pour le retour à Paris.
Et puis l'année 1960 est arrivée, et avec elle, le temps des colonies de vacances.
Adieu la campagne et ses enchantements... il était temps de grandir et d'aller vers d'autres horizons...
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24.01.2008
Mes souvenirs de vacances à la campagne (suite)
Il y eut quelques années, quand nous étions un peu plus grands et que l'on pouvait se débrouiller tout seul, où mon cousin Yves me tenait compagnie pour la période des vacances.
Etant plus jeune, c'était donc lui qui avait la petite chambre près de celle de ma grand-mère, et moi, en grande fille, je dormais dans la chambre de la Tante Aline... mais le rituel était le même.
On s'amusait bien aussi quand Yves était là, mais j'ai souvenance de quelques après-midi "orageux". Nous n'étions pas d'accord sur les jeux... et puis Yves se trouvait pris entre deux filles... alors il se sentait peut-être un peu seul ?
Nous étions très organisés.
Comme on jouait assez souvent à la marchande, ma grand-mère nous conservait les emballages vides de café, sucre, pâtes... enfin tout ce qui pouvait servir à élaborer notre petit commerce.
L'épicerie se tenait sous la tonnelle ombragée par le sureau.
Cet endroit était notre quartier général avec le couloir du fond de la maison.
Nous écoutions également des disques sur un vieux phono à pavillon, qui n'en pouvait plus... le cousin Bernard Seugé avait bien essayé de le réparer mais sans succès. La manivelle était cassée et on devait tourner le disque avec un doigt pour obtenir un son, cela ne devait pas être de la haute fidélité. Mais cela nous suffisait pour écouter des petites merveilles, comme "Léon de Gonfaron du pays où les ânes volent".
Mais le temps n'était pas toujours au beau fixe, et il fallait occuper les jours de pluie et les jours où notre imagination nous laissait désoeuvrés.
Alors ma grand-mère nous sortait de son armoire de grandes boîtes de cartes postales... un vrai trésor !! J'étais toujours très étonnée de voir des cartes postales rédigées en sténo par une de ses amies... Mais comment faisaient-elles pour comprendre ce charabia ?
On faisait aussi d'interminables parties de Nain Jaune ou de dominos.
Tous les jeux étaient rangés scrupuleusement dans la grande armoire normande de la salle à manger, et j'avais toujours l'impression que cette armoire contenait des secrets, tellement cela semblait mystérieux...
On regardait aussi les albums de photos, et ma grand-mère nous racontait de fil en aiguille, des anecdotes de sa vie.
Parfois, on se déguisait avec de vieux vêtements prêtés par ma grand-mère.
Cette année là, l'Oncle Marcel, le frère de ma grand-mère, passait quelques jours de vacances avec nous. C'était un très brave homme, mais il aimait un peu trop la bouteille...
Ma grand-mère nous donna l'idée, à Gisèle et moi, de se déguiser en vieilles dames pour faire une blague à l'Oncle Marcel.
Profitant qu'il était au jardin, nous nous sommes affublées de vieilles robes et chapeaux à voilette et installées dans les fauteuils de la salle à manger. Ma grand-mère partit prévenir Marcel, que la cousine de Vaux sur Eure venait d'arriver avec sa fille.
"Elle aura voulu nous faire une surprise" lui dit-il !
Apparemment, il y croyait vraiment, ou alors il jouait bien la comédie...
En entrant dans la salle à manger, il s'inclina pour nous saluer, et là, il remarqua mes pieds. J'avais gardé mes socquettes, et naturellement, une dame âgée ne met pas de socquettes. Bien sûr, il comprit la supercherie, et tout le monde est parti dans de grands éclats de rire.
Finalement que de bons moments que l'on aime se souvenir.
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23.01.2008
Mes souvenirs de vacances à la campagne (suite)
Parfois, on prenait le car pour aller à Saint André, voir la cousine Bellet. Une véritable expédition.
La cousine Bellet était une vieille dame handicapée.
Je peux dire que les visites à Saint André me barbaient plutôt, car il n'y avait rien d'attrayant pour une fillette de mon âge, et puis il fallait rester bien sage... à écouter les grandes personnes...
Une chose pourtant m'intriguait dans la cuisine de cette maison : c'était la cuisinière à charbon qui était pourvue d'un robinet... je me demandais bien à quoi cela pouvait servir. Je ne savais pas qu'il y avait là une réserve d'eau chaude...
Pour aller à Saint André, on devait prendre le car, et pour le retour, l'arrêt se trouvait devant un magasin de jouets tenus par une vieille dame. J'admirais toujours les trésors exposés en vitrine, cela me paraissait magnifique... les poupées, les baigneurs et autres quilles en bois... cela me faisait envie.
Parfois, j'allais jouer avec Liliane Loiseleur, la fille de Maurice et Germaine. Elle était plus âgée que moi d'environ une dizaine d'années, mais il fut une époque où l'on s'amusait ensemble, avant que la différence d'âge, en grandissant, ne devienne un fossé.
Maurice était toujours occupé dans son garage à réparer les voitures de ses clients. Il était très gentil, bien qu'il se fasse un malin plaisir à jouer le monsieur sévère.
Bien plus tard, quand il est tombé malade, j'ai le souvenir de l'avoir vu plus jaune qu'un citron, marchant un peu comme un automate. Cela m'avait beaucoup impressionnée.
Pour jouer, Liliane et moi s'installions dans ce qu'ils appelaient le "four".
C'était une petite maisonnette située à l'entrée de la propriété. On y trouvait un vrai four à l'ancienne, et je pense, qu'en d'autres temps, il avait dû servir à cuire le pain. Ce genre de bâtiment est très courant dans cette région.
Juste en face de la maison de ma grand-mère, habitait la tribu Buchard.
J'ai toujours été très étonnée de l'agencement de leur maison.
Au fond de la cour, il y avait un ancien "four" réhabilité en cuisine où la famille vivait et prenait ses repas. Je crois même me souvenir, qu'il y avait un lit...
De l'autre côté de la cour se trouvait la maison à proprement parler, où l'on trouvait des chambres et une salle à manger. Cela me paraissait peu pratique, surtout les jours de pluie et l'hiver...
A l'entrée de la propriété, une petite mare où se baignaient des canards, accueillait les visiteurs.
Voilà comment se déroulaient mes vacances.
Et puis un jour, ma grand-mère m'a annoncé que j'allais avoir maintenant une camarade de jeux pendant mes vacances.
Gisèle venait d'arriver à Coudres, et sa famille habitait tout près de là.
Ma grand-mère avait demandé à sa maman qu'elle vienne jouer avec moi tous les après-midi.
Nous avions à peu près 8 ou 9 ans quand nous nous sommes connues.
Ponctuellement, elle venait donc tous les après-midi, et on s'amusait bien toutes les deux.
En fin d'après-midi, quand il était temps d'arrêter nos jeux, ma grand-mère m'autorisait à la raccompagner chez elle.
J'étais toujours très étonnée de voir les poules en liberté dans la cour, et rentrer sans gêne dans la maison... et y déposer des saletés. Pensez donc, on ne voyait pas cela à Paris !
Le dimanche était jour de messe dans la petite église si mignonne.
Sur le chemin de l'église, c'était une procession de tous les riverains endimanchés qui allaient "faire leur devoir".
C'était très animé.
On peut dire que ce jour là, il y avait de l'animation dans le village, plutôt calme habituellement.
Les hommes en profitaient pour aller prendre un verre avec les copains, au café-épicerie du village, et les
ménagères s'attardaient en allant chercher le pain ou les quelques provisions nécessaires.
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22.01.2008
Mes souvenirs de vacances à la campagne (suite)
Bouboule, la chienne de la maison était ma copine, et si j'en crois les photos qui me restent, je devais lui en faire voir de toutes les couleurs. Mais la pauvre bête nous entourait toujours de son affection.

Après sa famille s'est aggrandie de Micky, son fils, mais je crois que j'avais dû dépasser le temps de lui faire des misères... en grandissant.

Devant la maison, il y avait, entre autre un pommier qui nous fournissaient des pommes succulentes.
Souvent la récolte était fructueuse, et ma grand-mère me demandait de les ramasser en faisant bien attention de ne pas prendre les pommes abîmées. Je les mettais dans des paniers que nous portions aux voisins des alentours et à des connaissances de ma grand-mère.
C'était toujours un échange de bons procédés : un service valait bien un autre service.
La maison de ma grand-mère était dépourvue d'eau potable, et nous allions chercher des cruches d'eau pour les repas, chez les Loiseleur, qui eux, avaient la chance de posséder un puits.
Et puis les journaux circulaient entre les voisins. C'était inutile que chacun achète les mêmes quotidiens et revues, alors on se les prêtait... vous dire que les nouvelles étaient fraîches, c'est autre chose.
Parfois, ma grand-mère m'emmenait chez Monsieur et Madame Allix.
J'aimais beaucoup leur maison avec ses volets verts clairs, et son jardin impeccablement entretenu, toujours très pimpant et bien fleuri. Tout me paraissait bien ordonné.
En général, on y allait au début des vacances, et Monsieur Allix me pesait sur une grosse bascule... je ne sais pas si c'était bien précis...et puis on revenait à la fin du séjour, pour voir la progression.
Naturellement, les commissions se faisaient dans le village, les supermarchés n'existaient pas.
Ma grand-mère achetait son épicerie chez Madame Neveu, dont le commerce faisait aussi café, et je me rappelle que cette brave dame nous vendait des pâtes que je trouvais succulentes.
La boucherie Jouen nous fournissait en viande, et un boulanger complétait nos besoins, avec le pain.
Et puis, il y avait des commerçants ambulants qui passaient en camionnette, en klaxonnant pour avertir de leur arrivée et qui pouvaient fournir différents articles et en particulier du poisson.
Nul besoin de se creuser la tête pour le ravitaillement.
Le soir, on allait chercher du lait à la ferme de Monsieur Louis, où Josette, la jeune fille de la maison se faisait un plaisir de nous remplir la laitière d'un bon lait crémeux.
En grandissant ma grand-mère me confiait quelques petites tâches ménagères pour lui donner un coup de main.
Par exemple, je devais dépoussiérer les meubles de la salles à manger. Je bougonnais sur le buffet si ouvragé, que la poussière s'infiltrait partout, sans savoir qu'un jour, il ornerait la salle à manger de mon domicile.
Et puis, il y avait aussi la cérémonie de la lessive.
Cela prenait pas mal de temps.
Naturellement pas de machine à laver... c'était la citerne qui nous fournissait de l'eau de pluie très douce pour le lavage, et si l'on mettait un peu trop de savon, cela moussait tellement, que l'on n'en finissait pas de rincer et de rincer encore...
C'était d'ailleurs pareil, quand on se lavait les mains, ou pour la toilette, trop de savon et l'on ne pouvait plus se débarasser de la mousse...
Le rituel du lavage des mains avait lieu sous le fameux pommier, devant la maison, où une petite table, sans âge était installée, avec un pot d'eau et une cuvette plutôt cabossée.

On profitait de cet instant pour s'essayer aux bulles de savons, en réunissant le pouce et l'index, et en soufflant pour libérer la bulle.
Une fois, à l'occasion de ce rituel du lavage des mains, mon cousin Yves n'avait rien trouvé de mieux que de mettre un ballon crevé sur sa tête en guise de chapeau.
En voulant faire tomber le ballon de sa tête, j'ai râté "mon coup" et je l'ai tapé sur la joue, ce qui lui a occasionné un saignement de nez... j'étais vraiment très ennuyée de cette mésaventure car ce n'était pas ce que je voulais faire... c'était vraiment indépendant de ma volongé... et il a fallu me consoler !
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21.01.2008
Mes souvenirs de vacances à la campagne
Durant ma petite enfance, et jusqu'à l'âge de 13 ans environ, j'ai passé de nombreuses vacances chez ma grand-mère Emilia, à Coudres.
Je suppose que, du fait que mon père André était décédé, ma grand-mère se faisait un devoir de me "prendre en vacances".
Néanmoins, il me reste de fabuleux souvenirs de cette période.
La campagne, aux alentours des années 1950-1960, ce n'était pas comme maintenant où chacun vit égoïstement. Les gens s'intéressaient vraiment à leur voisinage.
A Coudres, les gens étaient solidaires entre eux.
Même si parfois, ma grand-mère m'emmenait en visite chez des gens qui semblaient barbants à mes yeux de petite fille, je me rends compte maintenant que tout le monde était attentif à son voisin, et vivait en bonne intelligence.
Coudres est un petit village de l'Eure, aux confins de la Normandie, qui n'a pas beaucoup changé depuis cette époque.
Que notre route passe par Evreux ou par Dreux, nous apercevions de loi son petit clocher pointé allègrement vers le ciel et qui nous indiquait que nous étions bientôt arrivés.
Venant de Dreux, encore un virage et les premières maisons du village se dressaient devant nous, puis quelques centaines de mètres plus loin... la célèbre mare d'un vert immaculé.
Quand on arrivait d'Evreux, via Saint André de l'Eure, c'était la maison de Madame Lomme qui nous saluait gaiement, et qui nous signifiait que notre voyage était terminé.
Encore quelques tours de roue, et nous ne tardions pas à apercevoir la pompe à essence du Garage Loiseleur, et enfin, le lieu magique des vacances...
Ma grand-mère possédait une vieille maison normande, entourée d'un grand jardin et d'un "champ" où l'on pouvait enjamber les herbes folles. C'était un vrais paradis pour une enfant de la ville.

Cette maison avait été achetée dans les années 1920, par mes grands-parents pour faire une résidence secondaire, et en raison de la santé fragile de ma grand-mère.
La maison était assez sombre et quelque peu humide.
On rentrait directement dans une petite pièce qui servait de salle à manger ordinaire, pour les repas de tous les jours. Cette pièce était contiguë à la cuisine.
La cuisine était équipée d'une antique cuisinière à charbon, d'un évier hors d'âge, sans eau... et où il ne fallait rien verser sous peine de débordement, aux dires de ma grand-mère !
Puis on entrait dans la salle à manger officielle qui était pourvue d'une immense cheminée qui ne servait jamais... par peur de l'incendie.
Ma chambre était à côté de celle de ma grand-mère, et le soir, pour se coucher, il n'y faisait pas chaud. Je sentais la fraîcheur humide des draps, mais le sommeil me gagnait rapidement, blottie sous un épais édredon campagnard.
Les soirs de grande fraîcheur, ma grand-mère mettait une brique à chauffer dans le four de la cuisinière, afin de réchauffer mon lit.
Tout semblait plein de mystères et de secrets pour mes yeux de petite fille.
Au mur de la chambre de ma grand-mère, il y avait un cadre exposant la photographie d'une dame. Le fond de la photographie étant noir autour du visage, il n'y avait que peu de contraste avec ses cheveux, et je me suis longtemps imaginé que c'était sa chevelure qui était aussi imposante... et je dois dire que ce portrait m'impressionnait beaucoup.
De l'autre côté de la salle à manger, se tenait la chambre de ma Tante Aline et de mon Oncle Adolphe.
Puis tout au bout de la maison, une minuscule pièce qui servait de chambre à l'Oncle Marcel, le frère de ma grand-mère, quand il lui rendait visite.
Et puis, il y avait le jardin et la basse-cour, c'était bien rare de ne pas voir une poule avec sa ribambelle de petits poussins... c'était une curiosité pour une petite parisienne... Quelques lapins, dans des clapiers de fortune, nous quémandaient de la bonne herbe, et il fallait préparer une pâtée à base de son, pour les volailles.
Des toilettes très rudimentaires, comme à l'époque, se trouvaient installées dans la basse-cour. Nous étions obligés de prendre un bâton pour y aller, de peur que le coq nous fasse un mauvais sort. C'est qu'il était méchant ce coq !
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